« L’Oeil du cyclone » de Sékou Traoré : La Belle et la Brute

Ce premier long métrage de fiction du réalisateur burkinabè Sékou Traoré est en compétition pour l’Etalon du Yennenga 2015. Ce film, à travers le procès d’un rebelle, offre un moment de cinéma plein de rebondissements.

fargas etrange mounaAprès une intervention de l’armée régulière, un rebelle est capturé et amené dans la capitale pour être jugée. Emma, jeune fille de la bourgeoisie locale et  avocate est commise d’office dans ce procès que l’on croyait expéditif va en faire un procès politique où les coupables ne sont pas ceux que l’on croit. 

Ce film est servi par une bonne photographie de Pascal Baillargeau. Et Luis Marquès a bâti un bon scénario pas chiche en rebondissements. D’ailleurs la fin est tellement inattendue (pour les romantiques !) qu’elle laisse la plupart des spectateurs pantois. Mais shut ! nous n’allons pas jouer les spoilers…

Mounia N’Diaye

Mounia N’Diaye

Mounia N’Diaye joue une avocate déterminée qui ira jusqu’au bout, contre tous et même contre son client pour faire éclater la vérité ; et elle est bien laide, la  vérité. Elle éclabousse beaucoup de beaux linge et elle-même n’en sortira pas indemne. Maïmouna N’Diaye est magistrale dans son rôle. Elle fait passer un large panel d’émotion avec une économie des moyens. Fargass Assandé joue le prisonnier s’en sort honorablement. Parfois, il parle un argot très imagé, le nouchi ivoirien comme Birama d’Ahmadou Kourouma et en d’autres moments, un français bien châtié. Le choix d’un registre unique aurait rendu son personnage plus cohérent.

Le lien ambigu qui s’établit entre la pucelle du barreau et cette machine à tuer rappelle un peu le Silence des agneaux et le jeu de manipulation entre Hannibal Lecter et Clarice.

L'oeil compte FaceCe film a mis sept années à se faire. Aussi sort-il au moment où les enfants soldats sont un peu oubliés, chassés des actualités par les Barbus de Timbuktu…pardon de Tombouctou et du Nord Nigéria. Un retard de calendrier qui fait que le contexte ne lui est pas favorable d’emblée. Pourtant il pose un problème irrésolu : la désactivation des bombes humaines que sont les ex-enfants soldats.

L’œil du cyclone  est une agréable  surprise, un sorte d’accident dans le paysage cinématographique burkinabè actuel parce que sa qualité tranche avec ce que ce cinéma-là nous a servi ces dernières années. C’est-à-dire des films rafistolés, théâtraux et claudicants. Disons que ce film porte un peu de cette théâtralité à travers la cafeteri-agora d’où le peuple suit le procès. Est-il l’hirondelle qui annonce le nouveau printemps du cinéma burkinabè ou un juste une petite fleur tombé sur un rocher ?

Quoi qu’il en soit, Maïmouna N’Diaye peut lorgner le prix d’interprétation féminin avec un Œil de Cyclope.

Saïdou Alcény BARRY, Burkina Faso

Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s