« J’ai 50 ans » de l’Algérien Djamel AZIZI: une lutte, deux visions

Salah et son père ont tout en commun sauf leur vision du monde et des choses. Martyrs de la lutte de libération de l’Algérie, ils se retrouvent tous deux handicapés. Cependant, ils ne vivent pas leur sort de la même façon. Contrairement à son père, Salah n’a pas choisi délibérément de mener cette lutte de libération de son pays. Il l’y a été encouragé et même forcé par son père. Un homme pétri des valeurs d’intégrité et de patriotisme. Ces valeurs, il les enseigne à qui lui donne l’occasion. Salah pense que ces valeurs sont à l’origine de son malheur ; mais son père ne l’entend pas de cette oreille. La tension monte entre père et fils et le climat est en même temps incompréhensible et invivable par le petit Ninou, fruit de l’union entre Salah et Faiza. Ainsi, Salah vit avec le goût amer de la lutte et le désespoir en des lendemains meilleurs : trop de maux continuent à gangréner son pays malgré les sacrifices consentis.

J'ai 50ansLes valeurs que prône grand père peuvent-elles encore gouverner notre monde ? La morale a-t-elle encore une place dans notre monde ?  Ce sont entre autres les combats du grand père de Ninou qui pense pouvoir intégrer ces valeurs à son petit-fils qu’il aime tant. Salah y est farouchement opposé, car il pense que son père a suffisamment fait de victimes.

Mais le film choisit de nous donner de l’espoir quant à la possibilité de construire notre monde sur des valeurs humanistes. Ninou est cet espoir. C’est d’ailleurs un film plein d’espoir et la fin de cette œuvre en est la preuve. Ninou est d’avis avec son grand père ; il le défend même face à son père et crée des cas de conscience chez ce dernier à travers de multiples reproches. Car Salah se montre très sévère avec son père pour le destin qu’il a osé lui confier ou même lui infliger.

affiche_film_50_ansLe point de vue du film fait de grand père l’exemple de cette génération tenace qui reste optimiste contre vents et marées. Il refuse de céder aux séquelles de la lutte qui handicape sa vie. Sa ferme conviction qu’il à mener une lutte noble pour la liberté des générations futures le rend fier et c’est avec nostalgie qu’il revisite les lieux de la lutte pour mesurer encore et encore la grandeur de son sacrifice.

Il voudrait que son fils perçoive les choses de la même façon. Mais lorsque l’on mène consciencieusement une lutte et lorsque l’on est motivé ou contraint à mener une lutte il est impossible d’avoir les mêmes appréciations des sacrifices consentis. C’est justement l’autre lutte de grand père face à son fils. Un fils au bout du désespoir entrainant sa famille dans le chaos.

Le personnage de Faiza, conjointe compréhensive, attentionnée et docile, donne une leçon de vie aux femmes. Le film positionne la femme comme instrument de paix aux côtés d’hommes prêts à riposter par orgueil et par égoïste. Le Burkina post révolutionnaire avec des martyrs et des victimes de tous genres peut puiser matière dans ce film qui touche un aspect essentiel des sacrifices consentis dans les luttes. La reconnaissance de la société dans toutes ses composantes permet de pallier des éventualités de conflit et permet aux victimes de mieux assumer les conséquences de leur sacrifice.

La fin du film permet de trouver réponses à plusieurs questionnements qui trottent l’esprit au fur et à mesure que le récit évolue.  Un film simple mais profond sur la délicate question des luttes qui animent continuellement la vie des hommes.

Valentine Sanou

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