Le  Précurseur oublié : Le Potomitan du cinéma africain

Hier, au Ciné Burkina, lors la soirée d’hommage aux cinéastes disparus, le fespaco en collaboration avec  la fepaci (fédération panafricaine des cinéastes) a projeté le documentaire de Mona Makki  qui retrace la vie de Paulin S. Vieyra. Réalisateur, critique et historien de cinéma et surtout figure titulaire du cinéma africain.

En donnant la parole à sa famille et aux hommes de cinéma qui l’ont côtoyé, ce docu dessine le portrait d’un homme aux multiples facettes. Né en 1925 au Dahomey (actuel Bénin), son père l’envoie en France à 10 ans pour poursuivre des études. Il y restera 15 ans avant de retourner au pays natal.  C’est un jeune homme ayant perdu sa langue maternelle dans l’exil qui reviens vers les siens. Avec des mots étrangers. De là peut-être comprend-il que les images peuvent vaincre l’incommunicabilité et servir de la langue universelle. D’où le choix du cinéma particulièrement parce qu’il véhicule la culture et permet de se reconstruire une identité.

D’ailleurs, son film de sortie e l’IHIDEC (actuel Femis) dont il est le premier étudiant d’origine africaine, pose déjà le problème de la réappropriation de sa culture et de son identité.,

Suivra le premier film africain, Afrique sur scène. Et  le retour en Afrique. Pas au Benin natal mais au Sénégal, le pays du président poète Leopold Sedar Senghor qui lui fait appel pour aider à la naissance de la cinématographie sénégalaise. Directeur des Actualités du Sénégal, il formera beaucoup de techniciens, 7è art tournera plusieurs documentaires et encouragera des vocations dans le .

Ce sera lui qui prêtera à Sembène Ousmane sa première caméra pour tourner Borom Sarret ainsi qu’un chef opérateur et de la pellicule. Il se mettra aussi à la critique pour promouvoir les œuvres cinématographique du continent et sera un des pères fondateurs de la fepaci.

Et puis, après le départ de Senghor des affaires, il quitte la direction des Actualité sénégalaise et revient à cinéma. En 1981, il tourne son premier long métrage, Résidence surveillée avec Douta Seck dans le rôle principal. C’est une critique des dictatures africaines. C’est l’histoire d’un Ubu roi des Tropiques confronté à la fronde après la sortie d’un livre.

Paulin S. Vieyra décède en 1987. Ce documentaire rappelle deux choses importantes aujourd’hui. D’abord que la critique n’est pas seulement l’apanage des universitaires et des journalistes, que la critique de créateurs est nécessaire pour accompagner les oeuvres cinématographiques. Ensuite que si l’on est d’accord pour reconnaitre l’existence d’un cinéma africain, il faut aussi lui adjoindre une critique africaine de cinéma.

Paulin Vieyra disait que le critique africain doit puiser ses critères dans la profondeur de la culture africaine et que  c’est à l’aune de notre tradition culturelle qu’il doit mesurer l’apport esthétique des films aussi bien africains qu’étrangers. Une leçon que les critique actuels ne doit pas oublier !

Saïdou Alcény BARRY

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