Kokoko.afférage.com de Irène Tassembédo : sale temps pour le Mâle

Cette comédie d’Irène Tassembédo déroule une galerie de personnages féminins hauts en couleur, au verbe haut et à la répartie cinglante. Qui font passer un sale temps au Mâle. C’est le film le plus loufoque et le plus rafraîchissant du moment.

f1c68fadb6f794f6318e6f801584f59f_LOn peut passer à côté de ce bon film sans s’arrêter. C’est vrai qu’au niveau de la narration par l’image, c’est le minimum syndical pour ce genre de film à petit budget sans grande prétention. Ensuite, il ressemble plus à un pilote d’une série télé qu’à un long métrage. Ce qui explique sans doute l’image très sit-com. Enfin, la réalisatrice est une novice au cinéma ; elle est très connue comme chorégraphe. Et pourtant, ce film dont Salam Zampaligré est l’assistant réalisateur est un des meilleurs de ces dernières années au niveau des films à petit budget qui inondent nos écrans. 

C’est une bonne comédie de femmes. Ce film qui se passe dans une demeure donne à voir un univers exclusivement féminin d’où le mâle est invisible car relégué dans un hors-champ. L’unique fois où il apparaît, c’est de dos et bandant les muscles comme une brute épaisse. Cependant, il est présent dans chaque échange ; il est à la barre d’un long procès, accusé de toutes les plaies d’Egypte. Et son image en sort bien écornée. Selon ces dames, l’homme est une brute épaisse dont les flatulences peuvent trouer la couche d’ozone, il rote comme un ogre et ronfle comme un bombardier. Et ce ne sont pas seulement ces femmes modernes et libérées qui le pensent. Des cuisines aussi montent également les acrimonies des femmes de ménage contre le mari. Le Mâle est pour toutes le grand Mal ou Satan, le Mâle !

Ce film est un tissu de saynètes qui s’enchaînent. Des histoires hilarantes, parfois touchantes, une critique acerbe de la condition féminine. On a la femme battue, la féministe trahie, la femme mariée de force, la femme bafouée, la veuve, etc. La femme se décline sous toutes ses visages. Cette maison est une arche de Noé qui recueille tous les espèces de femmes, pour les sauver du péril mâle. Sur ce territoire de liberté, elles éclusent la bière comme des piliers de bar, fument tels des volcans et parlent comme la soldatesque. Sans tabous. Ni gants. Elles se confient les unes aux autres, se soutiennent, recollent les morceaux et s’offrent même des tuyaux pour agrémenter leur vie. Comme ces numéros utiles pour s‘offrir un éphèbe ou pour les services d’un gros-bras en vue de corriger un mari violent. C’est une vraie thérapie de groupe que s’offrent ces dames-là dans ce salon bruyant, enfumé et arrosé de bonne bière.

Ce qui fait que ce film accroche, c’est la qualité des dialogues. Ils sont bien ciselés, et les réparties font mouche. Comme dans un western où les mots remplaceraient les balles. Ce film-là confirme bien l’adage africain qui dit que la bouche d’une femme est son carquois ! En effet, dès que ces grandes gueules entrouvrent la bouche, c’est une volée de flèches sur le monde. Et on ne s’ennuie jamais parce le film se développe sur un rythme vif grâce à un montage sans fioriture qui enfile les situations les unes à la suite des autres.

Enfin, il ya le casting. Eclectique, le film prend le nec plus ultra des comédiennes de théâtre du pays. Leïla Tall, Minata Séré, Alima Nikiéma, Yaya Mbilé rehaussent le film de leur grand talent d’interprètes. Bien que l’on soit dans le comique, jamais ces comédiennes ne forcent le trait ; elles jouent avec grand naturel, ce qui est rare dans le cinéma actuel où le jeu théâtral noie les films. On sent qu’Irène Tassembedo, qui est un metteur en scène aguerri, a apporté son expérience dans la direction des acteurs.

Avant de finir, balançons un coup en dessous de la ceinture à ce film qui casse du mec, juste pour venger le mal-aimé, ce mâle pas aimé du tout dans cette assemblée de jupons. Nous disons que ce film souffre d’un grand défaut à l’heure du politiquement correct ! Il étale une androphobie ou misandrie primaire et décomplexée! La meute des femmes dépiècent le pauvre homme en menus morceaux. En s’aidant de grandes rasades de bière et de bouffées de cigarette. Et de grands éclats de rire. Ah ! les femmes ! Où est la magnanimité de la femme ? Si c’est ainsi qu’elles toutes voient le sexe fort ; il est clair que le jour où celui-ci s’allongera comme un docile matou devant le sexe faible, il est (bis)cuit. Le pauvre est peut-être condamné à bander les muscles pour une question de survie et non de plaisir. Ouf, c’est dit !

Les hommes ont pourtant grand cœur. Ils n’en veulent pas à ces langues bien pendues, de les portraiturer en bêtes immondes. La preuve : ils rient aux larmes en suivant ce modeste film qui aurait pu s’intituler Demolition Man en mode rieur!

Saïdou Alcény BARRY

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