Cinéma et Audiovisuel au Burkina : pour un sursaut nécessaire

La tenue de la 2ème Semaine de la Critique Cinématographique de Ouagadougou (SECRICO) / Festival du Cinéma burkinabè qui se déroule autour de la célébration du 12 octobre, Journée du cinéma africain, offre à l’association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B)   l’opportunité de jeter avec les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel burkinabè, le public assoiffé et soucieux de ses images, les décideurs politiques et les institutions partenaires, un regard rétrospectif et introspectif sur l’état des lieux du cinéma et de l’audiovisuel au Burkina Faso. 

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La construction d’un cinéma performant sur des fondations solides et le pressentiment d’être sur la pente descendante ont prévalu à la tenue des premiers Etats généraux du cinéma burkinabè en 1997 (29 juillet au 1er août 1997).

Nonobstant des acquis, mus par la forte volonté politique des décideurs nationaux de l’époque qui ont contribué à placer le Burkina Faso à l’avant-garde du cinéma africain et à faire de Ouagadougou la capitale du 7ème art du continent, les acteurs ont relevé les difficultés qui ont plongé le cinéma burkinabè dans une crise profonde à tous les niveaux. Ils soulignaient que « faute d’une politique adéquate de gestion et d’adaptation à l’évolution du cinéma et de l’audiovisuel, la plus grande partie des structures mises en place par l’Etat connaissent aujourd’hui des fortunes diverses ». A l’inefficacité des structures et mécanismes d’appui étatiques s’est greffée la léthargie des structures associatives qui ont cessé de mener des actions de « lobbying » dont la tenue des Etats généraux fut la dernière manifestation majeure.

Les travaux du comité de suivi mis en place à l’issue des Etats généraux ont été consignés dans le « Livre blanc » sur le cinéma et de l’audiovisuel au Burkina (juin 1998). Ce document avait déjà « définit les objectifs d’une nouvelle politique cinématographique et audiovisuelle aussi bien que des stratégies et moyens nécessaires à sa mise en œuvre (Plan d’action) »

 De la qualité des films

En 1997, les Etats généraux sur le cinéma remarquaient que sur le plan de la qualité artistique, notre cinéma souffrait d’une crise de croissance dont les principaux éléments sont : l’absence de renouvellement de la créativité ; la mauvaise maîtrise des scénarios ; la prise en compte insuffisante de certains paramètres artistiques dans les films (décors, musique, effets spéciaux, architecture, etc.). La conclusion était que le cinéma burkinabè, défavorisé par cette faiblesse artistique reste confiné à quelques salles du Burkina Faso, l’international leur étant fermé. Quel est le constat actuellement ?

L’ASCRIC-B, analysant l’état actuel de notre cinéma, constate qu’en dépit d’une production relativement foisonnante et mis à part l’auréole d’antan dont continue de jouir certaines figures du cinéma burkinabè, celui- ci a cessé d’être une référence en termes de qualité, artistiquement et esthétiquement. 

Pour s’en convaincre il suffit  de se baser sur la place qu’occupent les films burkinabè sur l’échiquier africain et mondial depuis 1997 : après Tilaï d’Idrissa Ouédraogo en 1991 et depuis le sacre de Buud Yaam de Gaston Kaboré en 1997 plus aucun film burkinabè n’a   remporté l’Étalon de Yennenga au FESPACO. L’Étalon galope entre le Mali, la Mauritanie, l’Afrique du sud, le Maroc…

Rien ne laisse présager, au regard de la qualité des films inscrits en compétition aux différentes éditions du FESPACO que les sabots de notre Étalon ramènera Yennenga en terre du Burkina.

Depuis 1997,  aucun film burkinabè (en dehors de Kini et Adams d’Idrissa Ouédraogo) n’a été sélectionné en compétition officielle au festival de Cannes (exception faite des sélections dans les sections parallèles : quinzaine des réalisateurs, un certain regard, semaine de la critique entre 1997 et 2005.  Ou du grand prix  décerné au festival d’Amiens en 2010 à Sarah Bouhain pour son long métrage, Notre étrangère). Les séries burkinabè amusent les spectateurs ouest africains et ont le vent en poupe. Et pourtant,  au FESPACO 2011, aucune des huit séries burkinabè en compétition TV-vidéo n’a reçu les faveurs d’aucun des jurys.

Ce constat nous a guidés dans le choix  du thème de la deuxième édition de la semaine de la critique cinématographique de Ouagadougou (SECRICO). Que peut-on en effet dire du cinéma burkinabè sur le plan artistique et esthétique ? Les films satisfont-ils aux exigences artistiques ? Est-ce que la direction d’acteurs, la mise en scène, le scénario sont-ils des aspects qui font l’objet d’une recherche de qualité. Est-ce que la composition, la lumière, le son, le montage sont-ils pensés dans une démarche cohérente et avec une finalité, une stratégie pour ? Ecartons d’emblée l’échappatoire du manque de moyens financiers et techniques ; l’art n’est pas  affaire d’abondance, et le génie consiste à penser une œuvre en fonction des moyens en présence. Il est des films qui sont des bijoux artistiques mais qui ont été faits avec un petit budget et avec un matériel de bric et de broc tels Wend-Kuni de Gaston Kaboré et les premiers films d’Idrissa Ouédraogo (Poko, Les écuelles, Issa le tisserand…)

A l’heure actuelle, on pourrait penser que notre cinéma connaît son printemps car les films sont plus nombreux, la thématique est plus diversifiée. Pourtant ce printemps cache l’automne de la qualité artistique : ces films ne s’inscrivent pas dans les mémoires des cinéphiles et ne vont pas au-delà des rares salles du pays. A peine achevés, ils tombent dans les oubliettes. Problème de promotion ? Problème de distribution ? Certainement ! Mais on ne peut occulter le problème premier, celui qui incombe au créateur, c’est-à-dire la qualité artistique. La plupart des  films sont hâtivement sortis, rarement ils sont bâtis autour d’un bon scénario et sont tournés à l’emporte-pièce avec des comédiens et des techniciens sous-payés qui servent le minimum syndical face à un réalisateur qui n’a pas une pleine maîtrise de son art.  Les films montés avec un chrono en main illustrent bien ce déficit artistique. Même des réalisateurs apparemment plus expérimentés tombent dans ce travers avec des films qui pêchent par une absence d’intrigue, des personnages inconsistants, un mauvais casting et une direction d’acteurs défaillante…

Loin d’être des « has been » du cinéma, intellectuels nostalgiques d’un type de cinéma, nous croyons fortement que de la profusion des films surgiront  avec  le temps un cinéma de qualité mais dans un cadre organisé. Le cinéma burkinabè vit en effet le paradoxe qui se résume de la manière suivante : alors que les films burkinabè ne reçoivent plus l’onction des jurys internationaux,  le public est présent dans les salles lorsqu’un film burkinabè ou africain est programmé dans les salles ;  Cela suffit-il pour dire que  le public burkinabè adhère à tout ce qui lui est servi ? Il suffit de recueillir les avis des spectateurs au sortir des films qui font les beaux jours de nos écrans pour savoir que les spectateurs burkinabè reste un public cinéphile très critique qui attend mieux de nos films et de nos cinéastes.

Nous pensons que pour redonner au cinéma burkinabè sa place dans le cinéma mondial tout en renouant avec son public, il faut mettre la formation au cœur du cinéma national et dans la chaîne de tous les métiers du cinéma : accessoiriste, scénariste, monteur, chef opérateur, comédien, réalisateurs, costumiers, tous doivent être bien formés dans les métiers respectifs. Créer des conditions pour la production  de film grand public et planifier annuellement la réalisation d’au moins deux films de qualité pour espérer reconquérir les festivals internationaux.

 De la formation

La formation des professionnels du cinéma et de l’audiovisuel est une des clés du succès du cinéma Burkina. Grâce à une politique volontariste, l’Etat a permis la formation de plus de 200 professionnels au sein l’institution africain d’éducation cinématographique (INAFEC) de 1976 à 1986. Ces professionnels constituent aujourd’hui la pépinière de la relance du cinéma et de l’audiovisuel au Burkina. Nombreux sont, en effet les sociétés privées de productions crées par ses professionnels. Le vide créé par la fermeture de l’Inafec a été comblé à force de persévérance par la volonté des professionnels de récréer un autre cadre avec le Programme de relance aux métiers de l’image et du son (PROFIS) lancé en 2000. Depuis l’on assiste à l’émergence  dans le champ des métiers du cinéma et de l’audiovisuel d’une nouvelle génération de techniciens du cinéma et de l’audiovisuel. Le cadre formel de formation tant réclamé  par les professionnels  a vu le jour en 2006 avec la création de l’institut de l’image et du son (ISIS), de l’Ecole normale d’administration et de la magistrature (Enam) à travers le programme de formation des agents de l’audiovisuel au bénéfice du ministère de la culture et du tourisme, et par l’institut Image du cinéaste Gaston Kaboré.

Le déséquilibre dans les catégories de spécialistes relevé lors des Etats généraux est aujourd’hui en voie d’être résolu. Voire, il faut saluer la spécialisation des femmes dans les métiers jusqu’alors réservés aux hommes (en effet, le Burkina peut se targuer de compter désormais des ingénieures du  son, et  de directrices photo. Toutefois, il est nécessaire de mettre un bémol sur la qualité de la formation servie au sein de l’Isis. Beaucoup reste à faire pour désengorger les programmes de formation de modules peu adaptés pour des  professionnels du cinéma et de l’audiovisuel  formés sur deux ans pour l’obtention de  brevet de techniciens en cinéma. De même, il faut se poser la question de la finalité de la formation livrée aux étudiants dits de l’Enam-Isis. Des Etats généraux de la formation aux métiers du cinéma et de l’audiovisuel s’imposent pour marquer un temps d’arrêt en vue de se pencher sur la qualité de la formation au sein de l’Isis afin de conserver la crédibilité des professionnels burkinabè.

A l’occasion de la journée du cinéma africain ce 12 octobre, instituée par la Fédération panafricaine des cinéastes (FEPACI) en 1985 et reconnue par l’union africaine, l’Association des critiques de cinéma du Burkina(ASCRIC-B) s’associe à tous les professionnels du cinéma et de l’audiovisuel burkinabè , les décideurs et tous les amoureux du 7ème art pour sonner le réveil des consciences en vue d’un renforcement effectif des structures afin de redonner au cinéma burkinabè ses habits de lumière.

Vive le cinéma africain, vive le cinéma burkinabè !

L’Association des critiques de cinéma du Burkina (ASCRIC-B)

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